Les mines de Gorgonid

La Gorgonid fait partie des mines les plus vastes et les plus productives de Sepheris Secundus. Bien qu’elle soit en vue d’Iceholm, la merveilleuse cité et capitale de Sepheris bâtie sur le pic qui surplombe les mines, et du palais royal, immense spire de verre s’enroulant autour du pic telle une couronne nimbée de lumière surnaturelle, la structure et la société de la mine elle-même sont typiques de bon nombre d’autres mines disséminées à la surface de la planète. Sa population exacte est impossible à évaluer, mais elle est immense et composée d’innombrables hordes de serfs dont la plupart ne verront jamais le monde extérieur.

La Gorgonid est une gigantesque mine à ciel ouvert, profondes de plusieurs centaines de mètres et parsemée d’échafaudages branlants et de forêts de palans et grues utilisées pour soulever les bennes de minerai jusqu’au sommet du puits, où elles s’accumulent en tas colossaux en attendant que des navettes de fret viennent les transporter jusqu’à la surface.

La plupart des habitants de Gorgonid vivent dans les Communs. Ce terme désigne les différentes zones d’habitations en bois qui appartiennent toutes aux barons qui autorisent les serfs à vivre là en échange des 9 dixièmes de ce qu’ils extraient à la surface. Ils vivent donc là bien souvent entassés par famille entière dans une seule pièce à la lueur d’une bougie, et vaquant à leur occupation, la tête baissée, résignés à leur existence pitoyable.

La coutume veut aussi que les barons vivent dans des communs qui prennent par contre la forme de petites places fortes et châteaux. Les serfs doivent se montrer déférant devant les barons et particulièrement celui à qui ils doivent leur corvée. Lorsqu’un des barons passent dans les rues, il peut s’attendre à ce que des serfs viennent lui offrir de petits objets. Il doit alors les brûler devant le pas de sa porte pour symboliser la relation qui unit les serfs et leur maître. Mais bien souvent, les barons s’entourent d’une petite armée personnelle, ce qui ne permet pas le rapprochement des serfs avec leur maître. Ils sont aussi parfois accompagné de gardes-miasmes chargés d’encensoirs ou de bassines d’eau parfumée afin de combattre la “puanteur des Communs”.

La Paroi est le nom que l’on donne à la zone où l’on extrait le minerai: c’est là qu’est fait l’essentiel du travail dans la Gorgonid. Il s’agit d’une immense façade rocheuse longue de plusieurs milliers de kilomètres, qui s’enfoncent profondément dans les sous-sols de la planète. Chaque serf est autorisé à travailler sur une portion de la Paroi et celle-ci est donc couverte de jalons permettant d’identifier à qui appartient telle ou telle portion. Autrefois, les serfs étaient obligés de s’enchaîner à leur jalon ou d’y enchaîner quelqu’un comme leur enfant pour être sûr que leur droit serait respecté. Aujourd’hui, il suffit qu’ils étalent un peu de leur sang pour bien montrer qu’une parcelle est occupée. On appelle ça la “marque rouge”.

Les Eboulis sont les zones les plus profondes, les plus sombres et les plus dangereuses de la Gorgonid. Même les barons reconnaissent que cet endroit est trop dangereux pour être exploiter par les serfs. Les cavernes y sont remplis de gaz mortels, inondées, partiellement effondrées ou simplement si chaudes ou si radioactives que toute survie est impossible. Nul n’a le droit de revendiquer une parcelle dans cette zone et le minerai qui s’y trouve n’appartient à personne. Les Eboulis sont le royaume des dépossédés (ceux qui n’ont plus de maître, soit parce qu’ils soient nés d’un mariage non autorisé par les barons, ou qu’ils aient perdu jusqu’à leur maigre droit de serfs pour une quelconque raison) et des mutants.

Enfin, il y a la zone du Crassier qui est la seule zone extérieure à la Gorgonid que la plupart des serfs aient l’occasion de voir au cours de leur vie. Il s’agit d’un immense terrain vague situé en surface, en bordure de la fosse, parsemé de gigantesques monceaux de débris stériles et d’ordures diverses. Dans la demi-obscurité de cet endroit empoisonné par la pollution, au sol recouvert d’un épais tapis de poussières toxiques, des affaires louches se concluent en dehors de l’économie féodale et officielle de la mine: on y voit ainsi des serfs qui viennent vendre le surplus de minerai et aussi des membres de gangs organisés qui offrent leurs services comme tueurs ou contrebandiers. Les mutants des Eboulis ont aussi leur propre tunnel qui débouche sur le Crassier. Ainsi, il arrive parfois que les nuits les plus obscurs, des créatures hideuses et titubantes émergent du brouillard vénéneux pour venir chercher leur part du gâteau.

Les mines de Gorgonid

Chroniques calixiennes Johankov